Bataille de figures en papier chiffonné.
Sept. Dix. Huit. Dame. Dame.
CLAC! CLAP! CLAP!
3 mains s'abattent sur le paquet de cartes. Le gagnant ramasse tandis que ses adversaires font craquer leurs 5 doigts, se plaignent des ongles longs qui s'enfoncent volontiers dans leur peau et parfois, demande officiellement le retrait d'une bague. Puisqu'il en est ainsi, j'enferme Hélène dans ma trousse. Ma main libre cherche son bourreau circulaire en tâtant du bout des ses empreintes digitales la phalange amincie.
L'arbre derrière nous se tord dans le vent de l'automne. Son ombre abrite les étudiants paresseux, insouciants du temps qui baille. Nous jouons avec sa peau.
Accros, le regard fixé sur les fines tranches d'écorce, nos cerveaux n'ont qu'à parler tout seul. La partie reprend. Les cartes s'agitent. Elles dévoilent tour à tour leur visage décoloré par les caresses des joueurs. Les chiffres s'enroulent autour de nos doigts et forment de voluptueux anneaux. Puis ils grimpent à la manière du lierre le long de nos poignets véloces. Serpents numéraux, équations rampantes, langue à 2 inconnues, leurs sifflements envoûtaient nos esprits.
Le Prince de Galles chatouillait avec nous les visages impassibles. Dans ses carreaux trop grands, il dégaine ses morceaux de carton d'un geste las. Au moindre sous-entendu, il relève les yeux vers le Cyclope. Clin d'Oeil! Bien sûr, Prince, les cris orgasmiques font rire les valets mais il n'est pas interdit de se joindre à eux.
Patries, Pays! Abandonnez les armes, les bombes et les chars! Et prenez les cartes!
Mes mains sont vides à présent. Boucles brunes dans l'herbe humide. À chaque éclat de rire s'échappait un sanglot.
Prince, restez encore! Mais il avait perdu un pari en même temps que son pantalon. Et avant de filer à l'anglaise, il dépose cérémonieusement devant nous son paquet d'écorce.
(25 et 26 septembre 2007)
Quelques lignes dédiées à Laura et Clément, tout particulièrement, mais aussi à toutes les personnes avec qui j'ai un jour, ou un soir, joué aux cartes.